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  • Et si le logement et l’alimentation devenaient des biens publics ?

    Christine Stich | Impact Mosaïque J’ai récemment lu un article qui explorait la possibilité de créer des épiceries publiques au Canada ( How public grocery stores could work in Canada - CCPA ) . La proposition est convaincante. Non pas parce qu’elle est radicale, mais parce qu’elle est pragmatique. Elle pose une question simple : et si l’accès à l’alimentation était traité comme un bien essentiel à garantir, plutôt que comme une occasion de profit ? Cette question ouvre la porte à une réflexion plus large. Au Canada, les marchés de l’alimentation et du logement reposent sur une logique similaire. Ils sont avant tout organisés comme des systèmes économiques, de plus en plus déconnectés des réalités quotidiennes des personnes qui en dépendent. Dans les deux cas, l’accès est principalement déterminé par le pouvoir d’achat plutôt que par les besoins. Dans un tel cadre, l’idée du logement comme droit humain reste largement symbolique, sans véritable portée opérationnelle. Les effets de cette approche sont de plus en plus visibles. Les prix des aliments continuent d’augmenter, exerçant une pression croissante sur les budgets des ménages, peu importe leur niveau de revenu. Pour les familles qui peinent déjà à joindre les deux bouts, l’alimentation devient souvent la variable d’ajustement, non pas parce qu’elle est moins importante, mais parce qu’elle est plus flexible que d’autres dépenses fixes. On saute des repas. On achète des aliments moins chers et moins nutritifs. Les banques alimentaires cessent d’être un soutien temporaire pour devenir une stratégie de survie à long terme. Pour les ménages qui consacrent déjà une part insoutenable de leur revenu au logement, la hausse du coût de l’alimentation ne représente pas un simple inconvénient. Elle entraîne de l’instabilité, une détérioration de la santé et un risque accru d’éviction. L’insécurité alimentaire et l’insécurité résidentielle ne sont pas des enjeux distincts : elles se renforcent mutuellement et alimentent des cycles persistants de précarité. Les politiques publiques jouent un rôle déterminant dans ces dynamiques. Elles ne servent pas uniquement à répartir des ressources financières ; elles traduisent aussi une conception collective de la responsabilité, de la dignité et des droits. Lorsqu’un État privilégie les réponses d’urgence au détriment des mesures de prévention, il contribue à normaliser la crise. Lorsque les besoins fondamentaux sont laissés presque entièrement aux forces du marché, l’exclusion devient la norme plutôt que l’exception. Une autre approche est pourtant possible. Les politiques publiques peuvent affirmer que le logement n’est pas qu’un actif financier, que l’alimentation n’est pas un simple produit de consommation, et que prévenir la pauvreté et l’itinérance est à la fois plus humain et plus efficace que d’intervenir une fois les dommages causés. Les marchés n’étant pas conçus pour protéger l’accès lorsque le profit entre en conflit avec les besoins humains, des options publiques peuvent jouer un rôle stabilisateur : garantir un accès universel, modérer les prix et affirmer ce que la société juge essentiel. Au Canada, cette logique est déjà bien ancrée dans d’autres domaines. Les soins de santé, l’éducation et l’accès à l’eau sont considérés comme des biens publics, car ils sont reconnus comme fondamentaux au bien-être individuel et collectif. L’alimentation et le logement répondent à la même nécessité. Des épiceries publiques. Du logement social et hors marché. Des mesures de soutien du revenu arrimées au coût réel de la vie. Il ne s’agit pas de propositions isolées, mais de réponses différentes à une même question : à quoi une personne a-t-elle droit, simplement du fait d’être humaine ? La manière dont le Canada répondra à cette question, à travers ses budgets, ses programmes et ses priorités politiques, déterminera s’il continuera à gérer la pauvreté, ou s’il choisira enfin de la prévenir. Il ne s’agit plus seulement de choisir entre différents modèles économiques, mais de redéfinir collectivement ce que signifie vivre dans la dignité.

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